BRÉSIL – ANGLETERRE : 1-0

7 juin 1970, Premier tour, groupe 3 – Estadio Jalisco, Guadalajara (Mexique)

Le petit homme ne paie pas de mine. Avec son maillot bleu trop large pour lui et ses gants surdimensionnés, qui semblent mal ajustés, le portier de Stoke City a vraiment la dégaine du gardien de but du dimanche matin. Et puis, en une fraction de seconde, Gordon Banks entre dans la légende. Une parade sur sa ligne l’envoie vers un horizon mythique et éternel. Dans le ciel de Guadalajara, le jardin de cette Seleção sur une autre planète, on joue alors la 11e minute…

Sur un centre venu de la droite, Pelé s’élève au-dessus de son défenseur anglais et rabat la balle de la tête. D’un réflexe incroyable, le goalkeeper des Potters réussit une phénoménale manchette. « J’ai marqué un but et Banks l’a arrêté ! », commente le Roi, émerveillé après le match. Sa “décla“ choc entre à la postérité. Retour sur le pré mexicain. Ça se crispe entre les artistes brésiliens et les chevelus anglais à la mode Beatles. Carlos Alberto et Francis Lee se chicorent. L’impeccable Bobby Moore repousse les assauts de Paulo Cesar, Tostão ou Roberto Rivelino, puis Félix, dans le but auriverde, respire lorsqu’Alan Ball loupe un but tout fait.

L’intensité de la partie atteint alors des sommets. Et puis, à l’heure de jeu, au terme d’une action savoureusement collective, Pelé décale Jairzinho dont la frappe croisée ne laisse, cette fois, aucune chance à Gordon Banks. Les Brésiliens prennent les devants. Toujours malheureux, Alan Ball trouve la transversale. Le milieu offensif d’Everton est le symbole parfait d’une Angleterre, encore champions du monde en titre, prise entre deux feux. Football pragmatique ou tourbillon artistique ? À la croisée des chemins, l’embarras british coûte cher au moment du bilan. Seigneur même dans la défaite, Bobby Moore tombe dans les bras de Pelé. Good game, champion !

Nicolas Gettliffe

 

LE BUREAU DES LÉGENDES

Mordechai Spiegler : le 7 juin 1970, à Toluca, l’attaquant israélien entre dans les annales du football hébreu, en égalisant contre la Suède (1-1). C’est à ce jour le seul but inscrit par Israël en Coupe du monde ! Buteur du Maccabi Netanya, Spiegler jouera par la suite toute une saison au Paris Saint-Germain (1973-1974).

Wlodzimierz Smolarek : le “Tom Pouce“ du football polonais s’était révélé lors du Mondial 1982 en Espagne. Quatre ans plus tard, ce 7 juin 1986 à Monterrey, l’attaquant du Widzew Lodz met à terre le Portugal (1-0) dès ce premier tour mexicain. Son fils Euzebiusz a pris le relais et perpétue la tradition des Smolarek, en devenant international en 2002.

David Beckham (photo) : il avait quitté France 98 par la petite porte, après une expulsion en huitièmes de finale contre l’Argentine. Critiqué, voire insulté du côté de Londres, le “Prince“ de ManU se rachète quatre ans plus tard, ce 7 juin 2002 à Sapporo (Japon), en transformant un penalty décisif contre cette même Albiceleste (1-0). Le “Spice Boy“ est définitivement réhabilité outre-Manche.