Héros de l’ombre… ils ont aussi fait 2017 (5)
Neymar, Messi, Kane, Cristiano Ronaldo, Griezmann… Il n’y pas qu’eux qui, durant cette année, ont réussi des exploits sur les pelouses. D’autres, plus anonymes, ont aussi vécu leur lot d’émotions. Le temps d’une action, d’un geste fou ou d’un fait unique. Jusqu’au réveillon du nouvel an, revivons, en dix volets, ces exploits éphémères de joueurs lambda passés à la postérité, alors que rien ne l’indiquait…
Résurgence de catenaccio
« Le Real devrait me recruter à la place de Cristiano ! » Dans l’euphorie qui a suivi son exploit, Alberto Brignoli s’est fendu de cette déclaration, sur le ton de l’autodérision. Le gardien de but du Benevento Calcio est le héros du jour, en ce 3 décembre 2017. Joueur d’un promu totalement fanny – 14 matches, 14 défaites ! – pour ses débuts en Serie A, ce portier, d’origine lombarde et âgé de 26 ans, a mis fin au supplice de son équipe.
Pourtant, ce dimanche en pleine Campanie (au nord de Naples, petit rappel pour les cancres de la Botte !), dans un stade Ciro Vigorito comble, avec ses 25 000 tifosi, les Stregoni (les “Sorciers“) vont jeter un sort au grand Milan, celui-là même de Gennaro Gattuso, devenu coach.
Donnarumma mystifié
« Dai ! Dai ! Dai ! » Ça pousse dans les travées. On sent que quelque chose va se passer… Les Rossoneri mènent 2-1 lorsque débute le temps additionnel. Cependant, réduits à dix après l’expulsion d’Alessio Romagnoli, les visiteurs sont acculés devant leur but. Le bus milanais bloque l’accès. Une résurgence du catenaccio d’antan dans la surface milanaise.
Sur un coup franc côté gauche en faveur de son club, Alberto Brignoli a comme un pressentiment. Il quitte sa cage. Al diavolo la prudenza ! Il vient créer le surnombre. Un poil fébrile, son partenaire Danilo Cataldi centre. De son saut divin, le bel Alberto, ancien espoir, passé par la Juve, la Sampdoria ou Perugia, déclenche un miracle. Il survole son propre coéquipier, l’Albanais Berat Djimsiti, mais aussi le Brésilien Gabriel, surpris. Le coup de tronche est téléguidé. Le ballon termine sa course dans le petit filet opposé de Gianluigi Donnarumma, son alter ego mystifié. La pendule indique alors 94’04“ et c’est tout une enceinte qui se lève comme un seul homme.
Un parcours à la Grenoble
Bras en croix, avec ses gants azzurri, Brignoli disparaît ensuite, enseveli sous la troupe campanienne. Cela faisait seize ans, depuis Massimo Taibi de la Reggina, qu’un gardien n’avait plus inscrit un but dans le championnat italien. Mais, surtout, par son exploit, Alberto Brignoli met fin au long chemin de croix de Benevento qui se serait bien passé d’entrer dans le Livre des Records. Jamais en Europe, depuis Grenoble en Ligue 1 lors de la saison 2009-2010 (12 défaites consécutives), une équipe n’avait débuté un début de saison aussi calamiteux.
Après avoir encaissé 40 buts depuis l’été, pataugeant notamment contre Naples (0-6), la Roma (0-4) ou la Lazio (1-5), Benevento avait senti un léger mieux, début novembre, en cédant d’un rien contre la Juventus (1-2). Et puis Alberto Brignoni a surgi. Le Sorcier de Campanie a sauvé les siens, d’un coup de casque audacieux qui lui a permis d’entrer définitivement dans la riche histoire du football transalpin. Grandioso !